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Eric Woerth ou la logique de l’affaiblissement de l’Etat

17 février 2009

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En période d’embellie ou de crise financière, Eric Woerth est un capitaine budgétaire qui maintient toujours le même cap. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le discours d’Eric Woerth n’a en effet aucunement changé sur le cas des fonctionnaires, seul le contexte a évolué. Alors que la crise économique entraine une nette augmentation du chômage, le ministre du Budget et de la Fonction publique a confirmé ses prises de position sur le non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux.

Interrogé sur la demande syndicale de renoncer aux suppressions de postes dans la Fonction publique, le ministre a réaffirmé : « nous maintenons le cap » de « non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite » par souci de « réformer » et « réorganiser nos services publics ».

Face au chômage, « embaucher plus de fonctionnaires n’est pas une bonne solution : on a toujours fait ça dans le passé, ça n’a jamais marché », selon M. Woerth. « Quand on embauche un fonctionnaire aujourd’hui, on le paie pendant 40 ans au moins, on paie sa vie active et sa retraite. On ne fait pas de l’emploi public pour répondre à une pénurie d’emplois privés due à une crise ».

La crise obligerait donc l’Etat français à se départir de ces fonctionnaires qui assuraient pourtant les missions de services publics : éducation, santé, administration, justice, recherche… Faute de moyens financiers suffisants, la logique comptable primerait sur le principe d’utilité publique et conduirait le gouvernement à faire des choix de « réforme » et de « réorganisation », comme le souligne Eric Woerth. « Réforme » du domaine public signifiant ouverture de nouveaux marchés économiques ou plus exactement appropriation des biens publics par des capitaux privés. Si l’on en croit le ministre du Budget, et la croyance est le point d’achoppement de l’économie et de la politique, la suppression des fonctionnaires et par voie de conséquence l’ouverture des espaces publics aux capitaux privés ne seraient dictées que par une logique de « sortie de crise ». C’est d’ailleurs à ce titre qu’Eric Woerth appelle les syndicats à se mobiliser contre la crise au nom de l’unité nationale et à consentir à soutenir la politique de Sarkozy.

Pourtant, alors que Nicolas Sarkozy venait d’être élu et profitait d’une situation économique favorable avec des départs à la retraite massifs et des exploits financiers des entreprises françaises du CAC 40, un certain Eric Woerth expliquait déjà sur les plateaux des chaines du groupe TF1, la nécessité de supprimer des fonctionnaires en raison d’un principe cette fois très différent : les Français ont voté pour le Président du pouvoir d’achat, les fonctionnaires enlèvent du pouvoir d’achat aux Français, donc il faut supprimer les agents de l’Etat.

Reconnaissons au syllogisme de Monsieur Woerth d’être véritablement décapant autant pour sa simplicité que pour son caractère hautement caricatural. Le ministre du Budget désignait à la fois la maladie et son remède : la baisse du pouvoir d’achat n’était aucunement liée à l’augmentation des prix à la consommation et aux marges toujours plus importantes des supermarchés mais incombaient à ces employés de la fonction publique dont les quarante annuités de travail accompagnées de leur retraite contraignaient les Français à payer toujours plus d’impôts.

Cible idéale des politiques de droite, le fonctionnaire ne remplirait aucune mission d’utilité publique, il participerait au contraire à accentuer les déficits, à diminuer le pouvoir d’achat. De même la définition juridique selon laquelle les services publics participent d’un besoin social impliquant la « continuité » et « l’égalité » ne peut plus être entendue ni en période d’embellie économique, ni même en temps de crise où les services sociaux sont plus que jamais nécessaires.

Eric Woerth accomplit son œuvre de ministre libéral et entend rompre avec toute la logique du contrat social qui soudait les Français dans un principe d’existence sociétale qui garantissait à tous l’accès aux droits de se soigner, de s’éduquer, de se défendre, de vivre librement au nom de l’intérêt collectif. Faisant feu de tout bois, Eric Woerth participe depuis son entrée sur la scène politique à un affaiblissement de « la puissance publique » au nom de cette fascination pour la grandeur du marché et la baisse d’impôts pour les plus fortunés. A l’instar des Etats-Unis, le modèle économique organisé par l’équipe de Nicolas Sarkozy risque d’être très difficile pour les classes sociales les plus basses : elles devront se contenter de services publics exsangues qui ne pourront ni les soigner ni les éduquer et encore moins les accompagner dans leurs démarches juridiques et sociales.

Laurent Monserrat

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