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Israël Palestine : l’esthétisme de la guerre

31 décembre 2008

Toutes les guerres se gagnent avant tout par la communication et le conflit au Proche-Orient ne déroge pas à la règle. Denis Sieffert(1) avait mis en évidence les mécanismes de communication utilisés par les Israéliens pour obtenir le soutien de l’opinion occidentale. La guerre, dans ce paysage autrefois sillonné par les prophètes, n’existe pas, Israël y mène seulement des « représailles », des « incursions », des « raids ».

Cette fois encore il ne s’agit pas d’une guerre mais d’une « opération ». Ces opérations ne sont d’ailleurs pas lancées par une armée mais par Tsahal et portent des noms souvent très poétiques : « Bientôt chez toi », « Champs de ronces », « Un voyage pittoresque »… La mode des « assassinats ciblés », des « frappes chirurgicales » est révolue, désormais l’argument avancé par le gouvernement israélien est devenu le combat contre une « organisation terroriste » et non contre un parti politique qui a été élu démocratiquement et a bénéficié en plus du soutien du Likoud. Oubliés la pression exercée sur la population de Gaza, l’écrasement du Fatah par les forces militaires israéliennes, les promesses non tenues et la colonisation qui s’étend depuis toutes ces années au mépris des accords internationaux. Une seule chose doit rester dans les consciences, les terroristes font tomber des « pluies de missiles(2) » et s’apprêtent à tout dévaster.

Il n’y a donc aucune indécence à utiliser l’esthétisme de certaines photos pour mettre en valeur ce qui ne constitue finalement que des actions censées protéger la population israélienne contre les terroristes. L’incongruité de ces photos prises par des photographes israéliens pour  les agences  de presse et diffusées dans les journaux français et internationaux devait préparer l’opinion publique aux images d’épouvante qui allaient être propagées : buildings éventrés, villes en feu (3)…

Le contraste est bien entendu saisissant entre ces images d’horreur et l’esthétisme de ces photographies pourtant annonciatrices du « carnage ». La focalisation sur le char à partir d’un cadre de fenêtre procède d’un art qui ne se cache plus. Dès lors, l’étroitesse du cadrage concentre l’espace et occulte la réalité que la photo devrait donner à voir. Le photographe a joué sur la mise en scène et camoufle dans son esthétisme la tragédie, préservant chacun de détourner les yeux. Ces photos sont semblables à l’apprêt qu’un peintre dispose sur sa toile pour que les couleurs qu’il veut livrer au public impriment parfaitement le support et résistent au temps.

Le gouvernement israélien qui a pris l’habitude de réagir avec toujours plus de violence et de ne  jamais desserrer l’étau contre les Palestiniens savait pertinemment que l’opinion internationale s’émouvrait devant la disproportion des représailles (64 avions ont bombardé Gaza lors de la première attaque, aidés par des hélicoptères et des drones tandis que les chars encerclaient les points stratégiques). Dès lors, il a fallu préparer l’opinion publique en présentant l’opération sous des horizons de paix, disposer des chars dans une aurore bienveillante pour qu’infuse dans les consciences l’éternel cliché de la guerre propre.

A l’approche des élections en Israël, Ehoud Olmert entend recouvrer une certaine popularité et panser l’affront du Hezbollah pour redorer par la même occasion son blason de chef militaire. Mais l’histoire risque encore une fois de repousser tout espoir de paix en renforçant le pouvoir des groupes extrémistes en Palestine et en commettant une fois de plus une punition collective à l’encontre des populations civiles.

Laurent Monserrat

  1. Joss Dray et Denis Sieffert : La guerre israélienne de l’information, La Découverte, 2002.
  2. Pluie de missiles : métaphore utilisée par Guysen TV pour qualifier l’envoi de roquettes sur Israël.
  3. A noter la décision d’Ehoud Barak d’interdire l’accès à la bande de Gaza aux journalistes étrangers afin de maîtriser les images des attaques israéliennes et leurs répercussions sur les populations. Source : article du journal Le Monde : « A Gaza, il n’y a plus un centimètre carré où l’on se sent en sécurité ».
  • 1/Photographie : Yannis Behrakis
  • 2/Photographie: Baz Ratner
4 commentaires leave one →
  1. 31 décembre 2008 12 h 21 min

    En dépit de toute l’amitié et de toute l’estime que j’ai pour vous, Cher Laurent, je ne peux lire votre article sans réagir.
    Je comprends votre indignation car évidemment la souffrance du peuple palestinien ne peut provoquer que colère et chagrin mais n’avez-vous pas l’impression de faire preuve de partialité ? Reconnaissez que les israéliens ne sont pas seuls responsables de ce conflit qui perdure et que le Hamas l’est tout autant sinon plus qui n’a jamais cessé ses actes hostiles envers Israël.

    Imaginez, Cher Laurent, que vous soyez père de deux ou trois enfants soumis pendant des mois et des mois aux attaques sournoises d’un individu qui après les avoir brimés, frappés, violentés, se réfugierait dans la maison ou habite sa progéniture en vous narguant et en vous défiant d’en enfoncer la porte parce que vous risqueriez de blesser des enfants qu’il a installés derrière.
    Donnez-vous le temps d’y penser et de vous poser la question : comment réagiriez-vous ?
    Pour ce qui me concerne, en toute honnêteté, la mère que je suis enfoncerait la porte avec la violence d’un char d’assaut sans se soucier d’autre chose que d’aller zigouiller l’infâme individu.

  2. 31 décembre 2008 13 h 41 min

    Bonjour Claude et merci de ta réponse,

    Je comprends ton sentiment mais sache que je ne cherche pas à dire que les Palestiniens ont le bénéfice du bien. Les roquettes envoyées sur les populations israéliennes ne sont pas excusables mais la réalité quotidienne des Palestiniens et plus particulièrement à Gaza n’est pas admissible non plus. La politique du pire ne pourra rien résoudre et ce n’est pas en choisissant d’accomplir une punition collective que l’on engagera le processus de paix.

    Amicalement,

    Laurent

  3. cordier permalink
    31 décembre 2008 15 h 17 min

    Bonjour !

    Israël a totalement évacué la bande de Gazza jusqu’à déplacer à grand frais le poste frontalier de Nahal Oz de plusieurs centaine de mètres en territoire israélien. Israël a évacué tous les Juifs qui habitaient Gazza y compris les implantations qui y avaient fondés avant 1947 (évacués en 1948 et réinstallés en 1967 souvent par les enfants de ceux qui y avaient chassés en 1947). Le 1/3 des Juifs évacués étaient nés à Gazza. ils vivent maintenant dans des caravanes ayant tout perdu. Les serres artificiels que ces Juifs avaient fondés sur des dunes de sables stériles ont été acheté par une organisation juive américaine et DONNE à l’autorité palestinienne. Dès le premier jour de l’évacuation des Juifs, des foules de Gazaouites y sont allé les piller entièrement pendant que des groupes armés y prenaient le contrôle. Les synagogues qui avaient été laissé intact ont été saccagés de manière scandaleuse et systématique par les organisations palestiniennes (Hamas et fatah compris). depuis cette évacuation DOUZE MILLE roquettes ont été tirés sur Israël. Gazza a une bande frontière avec l’Egypte qui elle n’est pas accusé de faire un blocus par vous. Israël a tout a fait le droit de refuser l’entrée de son territoire à des gens qui veulent y semer la mort (dix palestiniens de Gazza sont accueillis par semaine dans les hopitaux israéliens, les frais médicaux sont payés par Israël et des donateurs juifs américains), contrairement à ce que vous semblez croire les marchandises ne sont pas soumis à un blocus seul les migrations humaines sont empêchés (de part et d’autre). Le Hamas proclame sa volonté de détruire Israël détourne l’argent européen qui leur parvienne (MILLE EUROS PAR GAZAOUITE ET PAR AN, grâce à l’aide internationale le niveau de vie d’un gazaouite est supérieur à celui d’un Egyptien et trois fois supérieur à un habitant de l’afrique centrale) et achète des armes et des roquettes à la place. Si vous regardez attentivement les photos et les vidéos de Gazza vous verrez que ce n’est pas et de loin la zone la plus pauvre du monde (rien que sur A2 hier palestiniennes obèses avec des bagouzes en or à tous les doigts, immeubles qui n’ont rien de bidonvilles, électroménagers modernes (j’ai même entraperçus un sèche linge), voitures modernes et rutilantes… tenant des discours larmoyants, préparés et gerbants sur « c’est pire que le ghetto de Varsovie, c’est un génocide…). je comprends mal comment on peut s’apitoyer sur eux, j’attends aussi toujours votre article sur le massacre de Bombay, sur les émeutes anti noirs de Tripoli en Libye, sur l’exploitation sexuelle des bonnes philippines dans les pays arabes du Golfe, sur les massacres de chrétiens par les musulmans au Nigeria et au Soudan événements bien plus scandaleux et dramatiques que ce qui se passe dans Gazza…. Personnellement l’indignation sélective et les hurlements de loups en meute de « biens » pensants hypocrites me désole.

  4. 31 décembre 2008 16 h 40 min

    Bonjour et merci pour votre réponse,

    Malheureusement si on avait envie de jouer sur les mots on pourrait vous opposer que les Israéliens sont tellement partis de Gaza que les bombes de ne cessent de pleuvoir pour reprendre la métaphore employée par la presse israélienne. L’objectif de cet article est de démonter la politique du pire et non de condamner la population israélienne qui a le droit de vivre en paix dans ses frontières tout comme les Palestiniens.

    Cordialement,

    Laurent Monserrat

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