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Les chantiers de Barack Obama

30 novembre 2008

Une campagne présidentielle se construit avant tout par l’image que le candidat véhicule. Plusieurs années avant l’élection, les candidats établissent un réseau d’amitiés télégéniques, façonnent leur garde-robe, leur allure, leur parler et élaborent un roman autour de leur vie pour séduire l’électorat. La réalité est souvent assez loin de l’image projetée à travers les télévisions, les journaux…

Et dès que le roman-photo s’efface, le fossé se creuse entre l’image autrefois porteuse de rêve et d’espoir et la réalité de la politique et ses conséquences sur la vie des citoyens. Il suffit souvent de quelques mois pour que le Président nouvellement élu incarne la source de tous les maux du quotidien.

La frénésie autour de l’élection d’Obama se dissipera sans doute dans un an, quand les Américains verront que leur système économique n’a pas été remis à flot. La déception pourrait être plus importante encore pour une partie du peuple américain qui assistera à la modification des principaux repères de l’idéologie impérialiste des États-Unis. D’un point de vue international, la  baisse de l’influence de l’impérialisme américain constituera un bienfait pour toute la planète. Mais dans une Amérique qui a vécu si longtemps repliée sur elle-même, il ne sera pas aisé de changer les mentalités et d’expliquer que la superpuissance américaine doit désormais composer avec les autres pays et non les soumettre comme autrefois. Plusieurs intellectuels américains avaient prédit bien avant l’élection d’Obama qu’une ère nouvelle verrait le jour : l’ère d’un monde post-américain où les rapports de force dans le monde seraient nécessairement repensés.

Après l’enfermement protectionniste des années Bush, les États-Unis doivent s’ouvrir impérativement sur les autres peuples, écrit Fareed Zakaria (1). Mais cela suppose que le pays perde de sa hauteur et se contraigne à admettre que l’unilatéralisme, l’unipolarité ne sont plus que de l’histoire ancienne. Pour ce faire, Barack Obama devra tout d’abord réussir à dépasser l’angoisse de l’érosion de la suprématie américaine qui hante le pays depuis les années 50, comme le montre un excellent entrefilet du Monde diplomatique (11/08) « Malaise à Washington. En 1952 déjà…». Autant dire que la tâche risque d’être délicate pour le nouveau président qui devra intervenir dans le conflit israélo-palestinien, pacifier l’Irak, l’Afghanistan et établir une période de « veille militaire » pour faire oublier au monde que la guerre n’est pas le seul moyen de cohésion sociale, économique et culturelle aux États-Unis (2).

Confronté à une situation budgétaire catastrophique et au chaos de la politique internationale des années Bush, Obama sera contraint de lancer des chantiers de relance de l’économie et des relations diplomatiques. Ainsi, n’en déplaise à certains Américains, les ennemis d’hier, ces fameux « états voyous » pourraient bien être les amis de demain, les seuls capables aux côtés des États-Unis de  construire une véritable politique de relance (3).

La crise des subprimes a mis plus que jamais en évidence la dépendance aux capitaux étrangers de toute l’économie des États-Unis. Barack Obama devra faire admettre à la population américaine que les ennemis de Washington sont les principaux amis de Wall Street. Dès lors, l’Amérique du nouveau président devra être plus innovante que jamais et bâtir une coexistence pacifique avec les principaux piliers étrangers de toute son économie, au risque de rompre avec la grande idéologie de l’hégémonie américaine.

Car la croyance patriotique qui consisterait en la persistance d’une éternelle domination américaine est bien en train de vivre ses derniers instants au vu du rééquilibrage des rapports des forces entre les différentes nations. (Voir ci-dessous le tableau des investisseurs étrangers aux Etats-Unis (4)).

  1. Farred Zakaria, The Post-American World, le livre est chroniqué par Hubert Védrine sur le site du Monde diplomatique.
  2. La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, Galbraith, Calmann-Lévy
  3. « Finance, puissances, le monde bascule », article du Monde diplomatique, Martine Bulard (11/08)
  4. Rapport des investissements étrangers aux États-Unis, source United States Treasury Department
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