Aller au contenu principal

Le patriotisme américain par delà l’image

16 novembre 2008

Une photo suffit-elle à enclencher un sentiment patriotique, à entrainer de jeunes hommes vers des contrées lointaines où règne pourtant un climat hostile ? Cette mise en scène de l’armée américaine où deux soldats séparés par la bannière étoilée font le salut martial devant une immense explosion est censée activer le sentiment patriotique si cher aux Américains.

La nécessité de recruter de jeunes soldats passe par différents procédés de communication :  financement de jeux vidéos, séries télé, films, posters… Le Pentagone entend habituer par tous les moyens la jeunesse américaine au sentiment patriotique mais aussi à banaliser la violence. La guerre s’inscrit dans le quotidien visuel de l’adolescent qui joue à conduire des chars, à servir dans des missions, à suivre les formations militaires d’instructeurs virtuels et bien entendu à admirer les héros du cinéma.

Dès lors, une simple affiche de recrutement ne se décode plus de la même manière selon que vous soyez Européens ou Américains. Car l’image se construit à partir des référents culturels et psychologiques propres à votre société d’appartenance. Quand le jeune européen perçoit encore dans cette photo une scénarisation hollywoodienne de la guerre en Afghanistan, le jeune américain est touché dans son affect et renvoyé aux fondements émotionnels du ressenti patriotique.

Il est loin d’être aisé pour un Européen qui n’a pas été conditionné par le matraquage visuel et idéologique de distinguer toute la dimension cérémonielle de cette photographie. En effet, les deux marines procèdent à une cérémonie de réengagement dans les commandos pour trois ans, moyennant une majoration de leur salaire de 5000 dollars. Et même si l’explosion symbolise les dangers encourus à la guerre, le corps militaire et fraternel les maintient à distance dans la mesure où ce grand nuage de fumée qui s’extrait du sol est le produit des artificiers américains qui ont fait sauter les anciennes mines et bombes soviétiques dont se servent les Afghans.

Le message apparaît soudainement dans toute sa clarté pour celui qui possède la légende de la photo, celle-là même qui est ressassée sur les chaînes américaines et mise en scène dans les différents procédés communicationnels du Pentagone.

Prise dans sa composante globale, la photo peut être analysée dans ses symboles aussi divers que la sainteté, la droiture qui auréolent ces marines transmués en icônes ; mais le réel intérêt réside précisément dans le réflexe conditionné que la photographie produit chez le spectateur.

Car cette image aussi artificielle soit-elle, par les excès de sa mise en scène, est comprise immédiatement et surtout suscite l’adhésion sans qu’il ne soit nécessaire d’ajouter la légende. Le processus de communication devient dès lors très inquiétant, car il suffit de conditionner des réflexes pour qu’à partir de n’importe quel phénomène d’excitation on puisse prévoir et instrumentaliser les réactions de celui qui regarde l’image.

2 commentaires leave one →
  1. ptitseb permalink
    17 novembre 2008 11 h 18 min

    On dirait le film Lord of wars ! L’image est vraiment totalement factice.

  2. 17 novembre 2008 20 h 58 min

    L’image incarne parfaitement l’imaginaire et l’inconscient d’un peuple pétri de violence et de patriotisme.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :