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Palestine : un mur de silence

24 mars 2008

Lévi-Strauss écrivait que la culture est la rupture définitive du silence. Si l’on en croit l’ethnologue, dans des sociétés cultivées, les moments de solitude silencieuse ne sont plus consacrés qu’à la contemplation religieuse, à l’image du sage qui comme Bouddha s’assoit au pied d’un arbre pour ressentir l’essence universelle.

Mais en visionnant ce petit film, qui parcourt Internet, c’est avant tout le silence qui nous frappe, le silence de la souffrance. Car ce sont bien des êtres humains qui se couchent derrière des grilles à bestiaux. Chaque nuit, ils gagnent le checkpoint situé entre Bethléem et Jérusalem Est pour espérer passer de l’autre côté du mur et se rendre à leur emploi.

Pour nourrir leur famille, ces hommes arrivent toujours plus tard dans la nuit, toujours plus tôt dans la matinée, pour faire partie du quota d’admis à passer le mur de séparation des territoires.

Il est trois heures du matin quand le caméraman commence à filmer le spectacle de ces vies silencieuses, de tous ces êtres qui viennent se heurter à la frontière de béton armé. On suit le trajet de ces hommes encagés jusqu’à l’arrivée impromptue d’un touriste venu jouer maladroitement du violon. Avec ces notes mal tenues, il donne un peu de voix à ces ouvriers habités par le silence et confère, à la dernière partie du film, un aspect parfaitement absurde. On se croirait soudainement au cœur d’une scène comique, où le musicien est incapable de jouer le pathos tant la situation est absurde.

Avec Intervention divine, Elia Suleiman exprimait déjà le ridicule d’un conflit qui n’a de sens pour personne et dénonçait cette logique du pire qui consiste à augmenter la haine entre les deux peuples. De même, ce document vidéo traduit toute l’absurdité de la situation, car les Israéliens ont besoin des Palestiniens pour venir travailler chez eux et pourtant ils les soumettent, comme du bétail. Il y a bien évidemment un non-sens dans cette persistance du déni des réalités, que le silence des Nations Unies perpétue. Aussi simple soit-il, ce film amateur traduit la dégénérescence d’un conflit qui empêche ceux qui implorent la paix de prendre la parole.

Laurent Monserrat

2 commentaires leave one →
  1. 24 mars 2008 10 h 19 min

    L’homme est un animal incompréhensible capable parfois du meilleur et trop souvent du pire.
    Le pire c’est quand, par exemple, des enfants battus et martyrisés se transforment en adultes qui battent et martyrisent leurs enfants.
    Le pire c’est quand, par exemple, le gouvernement d’un peuple qui a connu l’horreur du ghetto construit des murs avec l’illusion que ces derniers vont abriter et protéger leurs concitoyens alors qu’ils ne font que marginaliser de nouveau ce peuple.
    Et dans ce dernier cas, le plus ridicule, le plus horrible, le plus lamentable c’est que juifs et palestiniens seraient capables, j’en suis certaine, de vivre en bonne harmonie si quelques exaltés – malheureusement parmi ceux qui détiennent le pouvoir – acceptaient de faire preuve d’intelligence et cessaient d’entretenir un climat de haine.

  2. Bruno permalink
    25 mars 2008 18 h 48 min

    Bonjour,
    Excellent article rédigé avec intelligence et compassion !

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