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Splendeur et misère de la guerre

18 mai 2007

L’auteur de la « Libération de Bagdad » ne descend-il pas de la lignée des peintres qui glorifièrent en leur temps les épopées napoléoniennes et l’idéal stalinien ?
the-liberation-of-bagdad.jpg

Car étalant une représentation aussi héroïque que victorieuse de l’intervention américaine en Irak, cette toile nous semble dédiée intégralement à George Bush. D’ailleurs, le char placé au centre de la foule en liesse, qui se presse contre le fusil de la liberté, n’est-il pas le symbole absolu de la puissance pacificatrice américaine ?

Pourtant, si l’on observe les détails, on se surprend à ne plus croire à ces soldats figés dans leur posture de libérateurs, ni à ces pantins disposés tout autour d’eux, surtout quand au premier plan un cadavre tourne la tête pour ne plus avoir à regarder le spectacle de ces chiens s’entretuant pour le territoire.

Commentant son œuvre, l’artiste américain Sandow Birk, qui expose actuellement en Californie, explique que sa peinture est le reflet de ce qui nous a été raconté pendant des mois : « la joie, l’hospitalité des Irakiens devant les troupes américaines qui les ont libérées de l’oppression ».

Ainsi, cette représentation de la campagne militaire en Irak s’avère inspirée non de la réalité de la guerre, mais bien de la propagande orchestrée par les médias américains. Et le peintre Sandow Birk d’accentuer le grotesque d’une victoire qui se mue chaque jour plus encore en véritable carnage pour les Irakiens.

Célèbre aux Etats-Unis pour son sens de la dérision et de la satire, Sandow Birk n’est connu en France que pour ses illustrations de la Divine Comédie. Pourtant son œuvre sociale aussi diverse qu’engagée reflète l’envers de la société made in USA. À la manière d’un Jacques Callot immortalisant les visages des gens du peuple et le fléau de la guerre qui les entoure, Birk compose avec ces figures des rues américaines et la violence qui s’y joue quotidiennement. Dès lors, racisme, assassinats, prison, mises à mort, accidents de voitures sont autant de thèmes que l’artiste transpose sur la toile en une allégorie du désastre politique.

Saisir les plus obscures composantes de la société américaine, pour tenter de concurrencer ces millions d’écrans télé qui contaminent nos consciences en y consacrant les forces de mort.

Laurent Monserrat

3 commentaires leave one →
  1. 18 mai 2007 21 h 07 min

    Encore une découverte très intéressante et très pertinente que Laurent nous propose ici. Cette façon de traiter les images pour ce qu’elles sont, des formes parlantes (et non des vues) en les mettant en relation avec d’autres images apparentées, images qui les ont “informées” et qui leur ont donné une formule, une structure, me paraît être une voie très éclairante pour démonter les mécanismes imaginaires de l’illusion médiatique. Utiliser les formes de la peinture historique ou romantique pour reprendre des images ou des récits de l’actualité militaire américaine me semble être d’une grande justesse pour comprendre ce que sont ces images télévisuelles censées montrer le réel. Ce sont des peintures politiques. C’est comme si l’on considérait les tableaux glorificateurs de J.L. David concernant Napoléon comme des vues de la réalité.
    C’est par cette ironie, ce soulignement de ce qu’il y a d’imaginaire et d’invisible (inconscient) dans les images qu’on peut poser les bases d’un contre-pouvoir médiatique. Repérer par exemple la statue équestre de l’empereur dans l’image d’un Sarkozy à cheval en Camargue, ou celle d’un Kennedy jet-setteur dans celle du nouveau président sur le yacht de son ami Bolloré, en les mettant côte à côte, c’est peut-être un moyen de montrer comment l’audio-visuel censé montrer le réel s’appuie en fait sur une iconographie très ancienne.
    Avec notre nouveau président, on a du pain sur la planche, mais ce sera une occasion intéressante d’observer comment le pouvoir des images et les images du pôuvoir se combinent pour dissimuler la réalité politique.
    Merci Laurent et n’hésitons pas être comme cet artiste américain d’une douce et délicieuse ironie avec le nouveau pouvoir médiatico-politique qui vient de s’installer sans complexe devant nos yeux…
    amitiés
    olivier

  2. 18 mai 2007 21 h 08 min

    Alors, nous allons devoir monter sur la barricade, car le combat risque d’être rude !

    Amitiés,

    Laurent

  3. 20 mai 2007 10 h 19 min

    Essayez quand-même de ne pas prendre un mauvais coup.

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