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Conférence d’Alain Gresh : L’évolution au Moyen-Orient entre Etats-Unis et Europe

7 juin 2004

Les origines de la guerre en Irak

Pour partir en campagne militaire, le gouvernement Bush avança plusieurs raisons à la communauté internationale. Il s’agissait, affirmait-il, de mettre fin à la dictature de Saddam Hussein et de stopper le développement d’armes de destruction massive.

Bon nombre de citoyens ne virent dans ce sentiment démocratique si soudain, qu’un prétexte pour s’accaparer le pétrole irakien. Toutefois l’argument du pétrole n’est pas pleinement convaincant, parce que l’Irak ne produit pas assez de pétrole pour justifier sur le plan économique une guerre dont le coût est exorbitant. Cette guerre se fonde bien plus sur une idéologie très répandue dans les « think-tanks ». Cette théorie est mieux connue sous le nom de « Choc des civilisations » : civilisation occidentale contre civilisation islamiste. Les tenants de cette théorie envisagent même une alliance entre l’islam et la Chine.

Pour ces penseurs américains, il y a trois impératifs qui naissent de cette théorie:

· Maintenir l’absence de rival véritable. Il faut que les Etats-Unis restent la seule puissance mondiale  et conservent leur statut de nation indispensable, statut qui les maintient au-dessus du droit international.

· Lutter contre une menace permanente, même si celle-ci n’existe plus. L’empire soviétique disparu, le gouvernement américain va créer une menace issue d’Etats qualifiés de  « voyous » et de « terroristes ».

· La nécessité des guerres préventives pour éradiquer le spectre menaçant de certains pays.

La position européenne et son importance dans la crise :

L’Europe aura été marquée par une vague de rejet, sans précédent, de la politique américaine. Ce rejet est d’ailleurs capital, puisqu’il est la preuve que cette guerre n’entre pas dans le conflit général des civilisations, comme le voudrait l’administration Bush. La « vieille Europe » aura prouvé par sa résistance, à quel point l’idéologie américaine était infondée.

L’Europe n’a pas la puissance militaire des Etats-Unis. Il n’est d’ailleurs pas souhaitable qu’elle rivalise avec eux, dans la course à l’armement. Toutefois, certains insoumis ont montré que l’Europe pouvait tendre à devenir un contrepouvoir diplomatique.

Les conséquences de cette guerre contre le terrorisme :

Depuis le déclenchement de la guerre en Irak, le discours extrémiste s’est consolidé au sein de l’islam ou plus exactement a trouvé sa justification dans la lutte contre les Etats-Unis. De plus la question de l’Arabie Saoudite devient de plus en plus problématique : les liens économique et militaire et le soutien accordé à la famille royale saoudienne par les Etats-Unis ont contribué à l’exacerbation du fondamentalisme. Avec l’implication de nombreux Saoudiens dans les réseaux terroristes, les Etats-Unis payent aujourd’hui le prix de leur promotion de la monarchie pétrolière d’Arabie saoudite.

Les retombées sur le conflit israélo-palestinien :

Le 11 septembre aura contribué à rapprocher un peu plus Israël des Etats-Unis. En déclarant « Vous avez Ben Laden, nous avons Arafat », Ariel Sharon sous-entendait ainsi qu’il participait avec le gouvernement Bush à la lutte contre le terrorisme mondial. En somme, dans ce combat commun pour l’écrasement du terrorisme, ni Israël, ni les Etats-Unis ne pouvaient plus être empêchés par le Droit international.

Si le conflit israélo-palestinien stagne, voire empire, c’est que le plan de paix élaboré en grande partie par l’Union européenne a été totalement pris en main par les Etats-Unis. L’intervention américaine n’aura fait qu’accentuer l’immobilisme de la situation. Sharon aura d’ailleurs utilisé la stratégie de démantèlement des colonies de Gaza, comme un moyen de diversion pour éviter l’application de la feuille de route.

Les Etats-Unis envisagent une refonte économique et morale du Moyen-Orient. Toutefois, le conflit israélo-palestinien reste l’obstacle majeur de la démocratisation, dans la mesure où ce conflit a été à l’origine de nombreuses guerres dans la région et d’une course folle aux armements. Comment cette zone pourrait-elle trouver la paix sous la pression d’un Etat surarmé et au dessus du Droit international comme Israël ?

Propos recueillis par Le Flambeau à Cenon (33) le 10 juin 2004

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